La vie pré-Covid
Comme la plupart d’entre nous, je suppose, j’ai vécu jusqu’au 16 mars 2020, date du début du semi-confinement à Genève, une vie rythmée entre travail, famille, amis, loisirs seule ou en compagnie, sortie aux restaurants, piscine, cinéma, bibliothèques, etc., tout cela comme étant un rythme qui allait absolument de soi. En bonne ancienne frontalière, j’allais également régulièrement en France voisine, dans l’Ain pour visiter ma mère à Ferney-Voltaire. Ou aux Rousses, dans le Jura, pour faire de belles balades ou aller au restaurant, par exemple à l’excellent Chalet Regain. C’était une telle évidence ! Je ne me suis jamais sentie autre chose qu’européenne, au point d’en arriver à douter de l’utilité de faire un jour des démarches pour me faire naturaliser Suisse.
Mais ça, c’était avant la bestiole couronnée ! A présent, tout a changé. Si Macron a eu tort de parler de guerre, il est évident que les droits que nous avons perdus (et en premier lieu celui de nous déplacer librement), pèseront lourdement même dans notre vie post-confinement. Pour ma part, c’est principalement la fermeture des frontières entre Suisse et France qui m’attriste le plus.
Le fait que le président de la France considère cette situation sanitaire comme relevant d’un état de guerre donne un cadre très particulier à cette période. On aurait pu être tenté de se laisser décourager mais certaines familles ont décidé de prendre les choses du bon côté et se distraient en publiant des vidéos sur YouTube, telles celle-ci, histoire de dédramatiser une époque qui pourrait en déprimer plus d’un :
La fermeture des frontières intérieures de l’espace Schengen
Cependant, à mesure que le temps passe, la fermeture des frontières intra-Schengen semble de plus en plus difficile à accepter. Dans des régions comme le Grand Genève, la population (plus d’un million d’habitants, chiffre de mars 2018), genevoise ou française (que ce soit de Haute-Savoie ou de l’Ain) avait pris l’habitude de changer de pays quotidiennement sans se poser de questions et sans avoir à justifier de son identité la plupart du temps. Nous en étions arrivés à penser qu’il n’y avait plus de frontière tant son franchissement allait de soi, le ralentissement à la douane prenant moins de temps qu’un coup de frein à un cédez-le-passage. Hélas, Berne et Paris restent fermes: pas question de considérer le Grand Genève comme un seul et même espace.
Les conséquences pour les frontaliers
Comme l’écrit la Tribune de Genève dans son édition du 15 mai 2020, « Les Genevois ne sont pas encore près d’aller en France« . Le fait que des milliers de familles, de couples « illégitimes » (c’est-à-dire ni mariés, ni pacsés et n’ayant pas d’enfants en commun) soient séparés ne pèse absolument pas dans la balance des décisions d' »en haut« . L’utilité de la fermeture des frontières en pleine pandémie était peut-être justifiée; mais à présent que, depuis le 11 mai 2020, les frontières sont à nouveau ouvertes à tous les frontaliers, que des centaines de milliers de personnes les franchissent à nouveau (au prix de bouchons parfois assez décourageants), ne justifierait-il pas de revenir à l’Europe post-Covid ?
La fermeture des frontières vues par les médias
Le 20 avril 2020, l’émission d’Arte 28 Minutes avait invité Nicole Gnesotto, spécialiste des relations internationales, pour aborder cette question de la fermeture des frontières intra-et extra Schengen. Les craintes qu’elle exprimait (possibilité d’une fermeture durable des frontières extra-Schengen et risque d’autoritarisme de certains Etats) semblent malheureusement tout à fait fondées.
Le 13 mai, la RTS annonçait la réouverture de certaines frontières européennes: Suisse, France Allemagne et Autriche se sont engagées à réouvrir leurs frontières communes à partir du 15 juin 2020 sous réserve de l’évolution de la pandémie. Mais cela n’empêche pas Jean- Marc Four, dans sa chronique sur France Inter du 18 mai 2020, de souligner ce qu’il appelle « la cacophonie européenne sur les frontières« . Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas tort, malheureusement…
Et vous, avez-vous vécu des moments difficiles durant cette période extraordinaire que nous avons tous subie plus ou moins en même temps ? J’attends vos témoignages avec impatience !